La disparition du sujet

La mise à mort progressive du sujet a sonné le glas du nu en peinture.

Au début du XX siècle, Marcel Duchamp allume la mèche. Il élève des objets du quotidien (un porte-bouteille, une roue de bicyclette…), au rang d'objets d'art. Le mouvement appelé le readymade remet en cause le statut de l’œuvre d’Art.

Dans la foulée, Kasimir Malevitch, appartenant au mouvement du suprématisme, peint une huile sur toile : un carré blanc sur fond blanc.

L’action est lancée. La peinture s’engage vers le moins. Moins de sujets, moins de formes, moins de couleurs pour tendre de plus en plus vers le degré zéro.

Dans les années soixante, le groupe BMPT : Buren-Mosset-Parmentier-Toroni, fondé en 1966, poursuit le travail de fossoyeurs.

L’édifice s’effondre avec l’Art conceptuel.

 Plus de tableau

 Mais !

Du discours.

Je n’ai rien contre l’Art conceptuel tant qu’il exprime un mouvement artistique légitime en soi.

Cependant …

Je m’interroge sur les dérives qui parfois flirtent avec le FDG.

La mort du nu ?

Parce que le nu regroupe tout ce que contient la pratique artistique, le dessin de nu académique a été longtemps un exercice incontournable pour les étudiants en peinture. Jusqu'au XIX siècle, le nu a représenté un idéal esthétique, mais aussi sa morale, ses sentiments. En contemplant les œuvres passées, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un simple exercice de style.

Les médias, les réseaux sociaux, grignotent chaque jour davantage notre expérience pratique par des simulacres d’expérience à travers une profusion d’images.

Le nu avec modèle vivant a bien failli disparaitre des écoles d’art.

La pratique a résisté  parce que le contact avec le réel est irremplaçable. Il est donc indispensable de pouvoir s’exercer au nu en atelier.

Loin des images et d’une réalité virtuelle, le dessin de nu offre un contact essentiel avec le dessin, la représentation du réel et des corps.

Une expérience incontournable.

Retrouvez-moi ci-dessous dans une caricature assumée de l’art conceptuel. Une saynète que j’ai intitulée :  « L’ Art comptant pour rien ».

 

 

 

La disparition du sujet suivi de : la mort du nu. L'atelier du lundi
La disparition du sujet suivi de : la mort du nu. L'atelier du lundi
La disparition du sujet suivi de : la mort du nu. L'atelier du lundi
La disparition du sujet suivi de : la mort du nu. L'atelier du lundi
La disparition du sujet suivi de : la mort du nu. L'atelier du lundi

Art comptant pour rien

 

Deux groupes,  G1 et G2, se tournent le dos et parlent en « yaourt ». On entend un bruit de fond de bavardages et de verres qui s’entrechoquent. Tout le monde tient un verre à pied à la main.

Tout en discutant en « yaourt », les protagonistes se placent  à tour de rôle sur les marques au sol en cherchant un angle différent pour regarder avec attention  le mur qui leur fait face.

Pendant que le son de la conversation de G1 baisse, on entend G2 et inversement.

G1 : le galeriste G, le critique d’art CA, l’artiste A

G2 : deux visiteurs, V1 et V2Dans la salle vous voyez deux groupes de personnes. Dans le groupe de droite, ce sont des visiteurs, dans celui de gauche, ce sont les « spécialistes » : le galeriste, le critique d’art et enfin l’artiste.

 

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Groupe 2

V1 – Comment dire…c’est...

V2 _  plus que ?

V1 _ oui merci,  c’est  plus…. Mais tout en restant assez …

V1 fait des gestes censés exprimer sa pensée. L’autre hoche la tête d’un air entendu.

V2_ quoique… tout de même…à bien réfléchir il faut reconnaitre que là…

V1_ c’est très fort.

V2_ fort c’est le mot bien que…

V1 _ bien que ?

V2_ absolument ! bien que si on voulait approfondir la chose…

V1_ la ….Chose ? V1 prend un air offusqué comme si V2 avait dit une grossièreté.

V2_ mettons le « Sujet »  Il faudrait savoir si ce n’est pas trop…

V1_ trop loin ?

V2_ ou pas assez près…

Suit un petit ballet ou V1 et V2 change alternativement de place sans cesser de regarder le mur nu.

Groupe 1

G_ un mouvement d’une intelligence rare ! Quel bond en avant ! Une révolution, c’est quasiment une révolution !!!

CA_ Révolutionnaire. Rien d’aussi radical n’a été osé jusqu’à présent, et il l’a fait. Il a du génie. Il a mis un coup fatal à l’Art.

Ils se tournent vers l’artiste qui se dandine de contentement.

A_  le sujet est mort.

Il le dit comme  Agnès dirait : « le petit chat est mort » dans l’école des femmes de Molière.

A_ le sujet est mort et le rapport support/surface dépassé.  A s’enflamme  dépassés  le lyrique, l’esthétisme, le narratif, l’anecdote, le symbolisme et l’érudition.

G Et CA se regardent en acquiesçant. A reprend.

Terminées, finies,  l’abstraction lyrique, géométrique, l’action painting, le land art…. Tenez même la vidéo, la lumière c’est… c’est… du passé.

Il marque un temps avant de reprendre avec fougue.

Mais l’art est encore vivant. Il faut pousser plus loin la dématérialisation de l’œuvre, pousser le concept. L’œuvre n’existe plus qu’à travers le langage. L’œuvre est langage. Il faut rendre au regardeur la place qu’on lui a confisquée depuis des siècles, que dis-je !  Depuis toujours ! Regardez-les... Écoutez-les !  L’œuvre est dans ce qu’ils disent.

Il désigne du menton le G1 qui poursuit son ballet en sautant maintenant de marque en marque. A se tourne vers G et AC et ils reprennent leur conversation en « yaourt ».

G2

V1_ oh un trou !

 Il approche son doigt du trou minuscule dans le mur. V1 et V2 restent à contempler le petit trou en changeant de place, en  reculant, en avançant, en se poussant l’un l’autre pour mieux voir.

V2_ tout même !  Dire qu’on aurait pu passer à côté de ça.

V1 _ J’ai un doute, tu crois que ça fait partie de…

V2_ pas de doute là-dessus. Tiens regarde !

V1_ où ?

V2 _là.

 Il désigne une surface sans trace visible.

V2_ qu’est-ce qu’on se sent bien quand on regarde ça.

V1 s’approche en hochant la tête puis se penche pour ramasser au sol un petit morceau de papier. V2 pousse un cri.


V2_ sacrilège !

V1_ oh pardon,  j’ai cru qu’il s’agissait de …

V2_ de quoi ? Tu ne vois pas que ça fait partie de…

V1_ L’œuvre !

V1 repose avec  dévotion le petit morceau de papier au sol. Ils reprennent leur conversation en « yaourt »

G1

G s’adresse à CA tandis qu’A s’éloigne pour rejoindre G1

G_ L’an passé il en était encore au cadre. Il les a abandonnés pour repousser les limites.

CA_ on m’a laissé entendre que le ministère de la Culture allait mettre un droit de préemption sur le concept.

G_ Sur le ton de la confidence. C’est en cours, mais ….Il met son doigt sur sa bouche.

CA_ tout de même….l’art du rien ce n’est pas rien.

Il consulte le catalogue très volumineux de l’exposition. Il tourne les pages, s’arrête sur l’une d’elles. Il lit à voix haute :

 « C’est le regardeur qui fait le tableau. Il en est le créateur. Le rôle de l’artiste est de mettre en question la capacité du regardeur à savoir regarder… ».Combien ils sont prêts à l’acheter ?

G_ très cher.

Il se penche à l’oreille de CA pour lui murmurer quelque chose à l’oreille. CA ouvre de grands yeux.

CA_ tant que ça ?

Ils repartent en causant yaourt et sortent de la salle, les suivent G1.

Un ou une technicien(ne) de surface entre avec un seau et un balai brosse. Il/elle, efface les traces au sol. Il/elle s’approche du trou met le doigt à l’intérieur pour l’agrandir. Il/elle s’approche et passe un chiffon sur le mur lisse et propre. Il/ elle repart en balayant.

GBC

300422

 

 

 

 

 

 

 

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