Passion peinture et écriture

 

LES CHEUTONS

 Extrait

 

SAMEDI 8 NOVEMBRE 2008

 

 

           Deux râles comme deux longues plaintes déchirantes et puis plus rien. Le silence s’abattit comme une masse, étouffant la vie des petits bruits.

Un gigantesque cratère entouré de verdure, exhibait sans pudeur sa morbide nudité.

La surface couvrait des milliers d’hectares de sable et de cailloux, avec ici et là, un bloc de granit, une carcasse de voiture, une barque recouverte de glaise, un bidon rouillé. Les nappes de boue qui s’étaient formées, exhalaient des relents de pourriture. De minces filets d’eau couraient entre les ruines du village qu’on distinguait encore. L’église décapitée dominait la masse informe des décombres. Des arbres décharnés, se dressaient vers le ciel, pour protester contre l’inconséquence des hommes.

Couchées sur les rives, des barques sans pêcheur exposaient leurs flancs vaincus, à la curiosité des passants.

A la sortie du barrage, une bouche monstrueuse avalait les derniers poissons avant de les cracher dans de grandes cuves remplies d’eau.

Malgré les efforts des équipes, quelques carpes avaient échappé aux nasses et s’agitaient inutilement dans les flaques. Les ouvriers vaquaient à leurs occupations dans un silence respectueux.

 

C’était la fin de la journée. Le vidage du lac n’attirait plus personne. Seuls les vieux et quelques enfants, suivaient stoïquement les dernières opérations. Leurs yeux balayaient le vide sans comprendre. Les plus jeunes se taisaient, impressionnés.

 

Le ciel se mit à pisser dru.

Publication " LES CHEUTONS" éditions du Net  en Octobre 2018

 

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